Deux jours à courir sur le GR10 avec Erik Clavery

Présentation d’Erik Clavery

Dimanche 12 juillet le réveil sonnait à 11h. Non pas du matin mais bien 22h ! Après une courte « nuit » de seulement 2 heures qui fut bien agitée par l’excitation que j’avais puisque il me restait quelques heures avant de partir courir au côté d’Erik Clavery. Mais qui est-il ?
C’est un coureur, marathonien, ultra-traileur, circadien qui s’est lancé le défi fou de traverser les Pyrénées par le GR10 d’Est en Ouest (Perpignan/Hendaye) en 10 jours pour battre le record alors détenu par Thierry Corbarieu qui est de 12 jours et 8 heures. 10 jours pour faire 900 km avec plus de 55 000 mètres de dénivelé ! Soit une moyenne de 90 km par jour, quelques chose d’assez incroyable. Depuis le début de sa course il ne dort que 4h voir 4h30 par nuit, il ne s’attarde que très peu de temps durant sa journée aux ravitaillements prévu par ses proches. En effet, ils font partie de son staff et le suivent au maximum et s’arrêtent avec van et camping car dans des endroits stratégiques et surtout accessibles aux véhicules. Ainsi il s’arrêtera 2 à 3 fois pour une « vraie » pause d’environ 20 à 40 minutes ! Comment fait-il me direz-vous ? Même si mon envie de le rejoindre me trottait dans la tête depuis presque deux semaines avant son départ, j’ai décidé de partir à sa rencontre lorsque celui-ci s’est rapproché de chez moi.

L’organisation pour le rejoindre

Difficile de s’organiser longtemps à l’avance puisque la seule aide était son live track disponible sur son site internet qui permettait de connaître sa position quasiment en instantanée. Il y avait aussi quelques publications Facebook mais souvent en différées car sa famille ne captait pas souvent là où il se trouvait. J’ai ainsi pu voir à 22 h avant de partir qu’il avait dépassé Cauterets. Ensuite j’ai cherché le parking le plus proche et accessible en camping-car : j’en ai déduit le Lac d’Estaing. J’ai vu juste puisque vers 23 h il s’y est arrêté pour dormir. Je venais à peine d’arriver à Gourette quand j’ai vu sur son site où il se trouvait. J’étais à Gourette car j’avais prévu de courir 20 km (soit jusqu’à Gourette depuis le lac) avec Erik, ainsi j’y avais déposé mon vélo pour rejoindre ma voiture après. Bon, bien entendu, 20 km n’étant pas suffisant j’ai rallongé pour finalement finir à Gabas. Ce n’est pas le manque d’envie qui m’a empêché de faire plus mais plutôt mon côté raisonnable (si j’en ai un parfois !!). Je ne faisais malheureusement pas le pont (mardi 14 juillet) et comme je n’avais pas de vélo à Gabas j’étais dépendent de mes parents. J’ai tout de même fait une journée à 45 km avec 3000 m de dénivelé positif.
Notre futur recordman quant à lui à continué jusqu’à Lescun.

Dimanche 12 juillet : Lac d’Estaing – Lescun

5h30 : Reprise de la course

Arrivé peu après 23h, il a mangé puis est allé dormir. Pour la première fois depuis déjà 6 jours il a fait une « petite grasse matinée » jusqu’à… 5h30. Habituellement il partait plus tôt mais la fatigue commençant à se faire ressentir il a préféré partir plus tard d’autant plus que la veille il avait décidé de rallonger. En effet, initialement il devait faire Vieille-Aure – Cauterets (70 km et 3600 m de D+), il a préféré continuer jusqu’au Lac d’Estaing pour se rajouter une petite montée de près de 1200 m de D+ ! Au final, il frôlera les 100 km et 5000 m de D+. Une bonne journée qui lui permettra de démarrer le lendemain par du faux-plat descendant (cool ça m’arrange).
Ainsi à 5h30 je vois pour la première fois en vrai Erik Clavery. J’y vois un homme souriant et déjà blagueur dès le matin et après environs 600 km dans les pattes ! 5h40 environ on démarre, lentement, petit footing pour commencer sur de la descente. Mais au bout de même pas une heure, la machine est lancé et on le voit accéléré petit à petit pour finalement imposer un bon rythme. On est pas sur une allure de 10 km mais une très très bonne allure après tout ce qu’il a pu enchaîner. Là où il va vraiment se réveiller se sera dans la première montée après Arrens-Marsous sur 5 km avec 600 m de D+ environ. C’est à ce moment là qu’il me confie qu’il n’a plus trop de vitesse et que sur le plat il a du mal à aller vite (son côté très humble puisque à mon avis il a tout de même une bonne allure) mais en revanche il a beaucoup de puissance dans les jambes ce qui lui permet d’envoyer en monté.

9h20 : Arrivée à Gourette

Premier ravitaillement à côté de la fameuse station de ski (sans neige) avec le camping-car. Mais c’est alors que pendant qu’il se ravitaille que les nuages arrivent d’un coup. Au loin on commence à entendre gronder… c’est deux minutes plus tard que les nuages auront recouvert le ciel. On était passé d’un ciel dégagé à un paysage impossible à voir à plus de 50 mètres. Erik a préféré faire une sieste plus tôt que prévu en attendant que ça passe. Car pour la suite on devait monter à plus 2465 m… à Hourquette d’Arre.

10h45 : C’est reparti direction Gabas

Une fois l’orage et la sieste de notre athlète finit nous sommes parti direction Gabas le prochain ravitaillement pour 4 heures de courses en total autonomie.
C’est là que les choses ont commencé à se gâter ! Dès que nous avons commencé à monter, très rapidement nous avons été envahi par le brouillard qui nous a empêché de voir à plus de 5 mètres. On arrivait à se deviner pour continuer à avancer. On a ainsi pu entendre seulement les chutes d’Anglas et apercevoir le Lac.


Le brouillard et la neige en altitude rendaient la course un peu plus complexe puisque à un moment nous ne trouvions plus la balise rouge et blanche. Heureusement après 5 minutes et grâce à des peacers très efficaces nous avons plus rejoindre le chemin en traversant une grosse plaque de neige. C’est là qu’Erik a décider de faire une petite vidéo :

Vidéo FB Erik dans la neige

Nous avons continué direction Hourquette d’Arre avec un bon rythme : on est en monté depuis Gourette, les bâtons des peacers donnent le tempo.
On arrive finalement à Hourquette d’Arre où la vue est plutôt dégagée… ouff le brouillard est derrière nous. Il ne peut pas nous arriver pire… !

13h30 : L’orage est maintenant de la partie, la course se complique.

Sur notre gauche, on avait Artouste et on y a même vu le petit train redescendre. Mais juste après on commençait à entendre l’orage arriver. Et là, une pluie tropicale a commencé à nous tomber dessus. Il fallait faire vite car nous étions encore haut en altitude et nous étions vulnérable. Erik avait les bâtons en l’air dans son CamelBack, j’ai alors décidé de les lui prendre à la main pour éviter qu’il soit un « paratonnerre ambulant ». Il fallait faire attention car nous entamions une descente de plus de 10 km jusqu’à Gabas et le sol devenait très glissant. D’autant plus que le tonnerre tombait très très près de nous. Entre le moment où on voyait et on entendait il se passait peut être 1-2 secondes. Heureusement très vite on est redescendu et nous nous sommes retrouvé dans une forêt. Beaucoup de pierres arrondies très glissantes qui nous ont fait tomber un par un… y compris Erik qui a fait une belle chute. La hanche et la tête ont prit un coup. Heureusement il pouvait repartir et n’avait pas l’air d’avoir mal.

15h : Arrivée à Gabas

Là à Gabas le ravitaillement d’Erik c’est à dire son camping car, l’attendait. Mes parents aussi. Ce fut donc finit pour moi pour cette étape. Erik lui est reparti 30 minutes plus tard direction Lescun.
J’aurais donc cumulé 45 km pour 2800 m de D+. Plutôt sympa, déçu de ne pas avoir pu continuer… mais travaillant le lendemain il était préférable que je ne rentre pas trop tard. Mais ce n’était que parti remise !

Mardi 14 juillet : Estérençuby – Hendaye

5h30 : Toujours la même heure pour reprendre la course !

Levé du soleil non loin de Saint Jean Pied de Port

Cette fois-ci étant rentré à 20h du travail j’ai décidé de faire une petite sieste chez moi de 20h30 à 0h. J’ai ensuite prit la route direction Estérençuby (je n’arrive toujours pas a le prononcer), une fois arrivé vers 2h30 je me suis garé non loin du camping-car d’Erik. J’ai dormi jusqu’à 4h00 pour ensuite me préparer et déjeuner.
J’y ai revu le groupe de Bretons avec qui j’avais fait la première étape (qui eux le suivent depuis un moment) ainsi qu’un autre qui habite à Tarbes. Mais j’y ai surtout vu un Erik fatigué… après déjà 7 jours dans les pattes il commençait à montrer des signes de fatigue. Quelques cernes et un mal de hanche qui l’a empêché de courir correctement au départ surtout dans les moments descendants.
Ce fut donc le départ à 5h30 avec un magnifique lever du soleil vers 6h15 avec un peu de montée pour commencer.

Erik en train de faire un live avant de redescendre sur Saint Jean Pied de Port

7h30 : Arrivée à St Jean-Pied-de-Port

Premier ravitaillement de l’étape à St Jean-Pied-de-Port, vraiment magnifique comme village avec l’avenue « Saint Jacques de Compostelle ». Je l’ai trouvé très beau et on a eu beaucoup de chance de croiser peu de monde. Sans doute l’heure qui nous a permis d’éviter les tonnes de touristes.

9h : Première grosse difficulté

A 9h les choses sérieuses commencent ! Après environ 10 km de route on passe sur du sentier pour monter le Munhoa à 1021 m d’altitude ! Pour un départ dans les 100 mètres. Soit plus de 900 m de dénivelé sur 2-3 km, une belle montée ! Mais là on sent bien qu’Erik souffre, puisque une fois arrivé en haut il s’est étalé par terre et a exigé une petite pause. Heureusement un de ceux qui l’accompagnait (Guillaume) avait du Coca-Cola et lui a gentiment proposé une canette. Une fois la canette finie on est reparti pour descendre pour ensuite rejoindre Saint-Etienne-de-Baïgorry.

11h30 : Pause à Saint-Etienne-de-Baïgorry

Erik étant fatigué et voulant à tout prix finir l’étape le soir même, il préfère faire une pause sieste de 40-45 minutes (sieste + repas + soins des pieds). C’est l’occasion pour moi et un collègue de course que j’ai rencontré là bas de se payer une petite bière et un petit sandwich (je te dois toujours ça d’ailleurs Guillaume 😉 ).

12h15 : Reprise direction Bidarray

Après un bon dodo on retrouve un Erik en meilleure forme avec de la puissance dans les jambes… et heureusement parce qu’on reprend par de la montée. A 13h nous arrivons en haut du Col d’Apaloy (710 m) pour arriver au Pic d’Iparla (1044 m) sur lequel on a vu quelques pottoks.

Photo de groupe Pic Iparla Erik Clavery
Erik Clavery au centre avec à sa droite moi puis Guillaume. Enfin tout à droite se trouve Peio.

15h30 : Arrivée à Bidarray fin pour moi

Après le Pic d’Iparla ce n’est plus que de la descente jusqu’à Bidarray. Sans aucune difficulté nous avons mené l’allure, Peio et moi en ce début d’après midi qui fut relativement chaud.

Par souci de logistique pour le retour j’ai dû m’arrêter relativement tôt pour ne pas imposer d’heure tardive à mes parents. Sans réel regret puisque Erik est arrivé à 3h du matin à Hendaye !
Je salue sa performance et son mental hors du commun qui lui ont permis de parcourir 900 km et 55 000 m de dénivelé positif. C’est un homme simple et ouvert aux gens que j’ai eu la chance de rencontrer et avec qui j’ai eu le plaisir de courir deux portions d’étapes. J’espère que notre présence l’aura aidé dans sa performance car je suis sûr que cela lui a fait beaucoup de bien au mental de se sentir suivi et de ne pas avoir à trop réfléchir au parcours.

Encore merci pour cette aventure et peut être à bientôt !

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